D’une trilogie mythique à La Reynarde : le nouveau chapitre d’E.Guigal

La Mouline, La Landonne, La Turque… la trilogie légendaire s'enrichit désormais d'une nouvelle venue : La Reynarde ! Découvrez ces vins mythiques et percez les secrets de cette toute dernière cuvée qui rejoint la collection.
La trilogie devient quatuor : les points clés à connaître !
La trilogie Guigal désigne trois cuvées parcellaires mythiques de Côte-Rôtie (La Mouline, La Turque et La Landonne) surnommées les « La-La-La » par les collectionneurs, chacune reflétant un terroir précis entre Côte Blonde et Côte Brune.
Leur prestige repose sur des coteaux escarpés travaillés à la main, un élevage exceptionnel de quarante mois en fûts neufs et une reconnaissance critique remarquable (Robert Parker leur a attribué plusieurs 100/100, dont un triplé historique en 2009).
Une quatrième cuvée, La Reynarde, née d'une parcelle entre les deux côtes, rejoint désormais ce cercle avec un premier millésime 2022 (sortie février 2026), à mi-chemin entre le style de La Turque et celui de La Landonne.
Chaque vin possède une signature propre : La Mouline, florale et soyeuse ; La Turque, épicée et veloutée ; La Landonne, puissante et tannique. Cette saga familiale, initiée en 1946 par Étienne Guigal puis développée par Marcel et Philippe Guigal, illustre une transmission précieuse sur trois générations, alliant terroir d'exception, savoir-faire artisanal et notoriété internationale.
Qu'est-ce que la trilogie Guigal ?
Trois noms, une même syllabe chantante et un mythe entier tient dans ce raccourci que les collectionneurs surnomment les « La-La-La ». La trilogie Guigal désigne trois cuvées parcellaires de Côte-Rôtie : La Mouline, La Turque et La Landonne. Chacune naît d'un lieu-dit précis, vinifié séparément pour en révéler la signature.
Ces vins partagent une même philosophie de production, mais refusent la ressemblance. Issus des coteaux les plus escarpés de l'appellation, en rive droite du Rhône, ils incarnent une lecture presque cartographique du terroir : une parcelle, un vin, une identité. La trilogie Guigal repose sur cette conviction que le sol commande le style et que chaque versant mérite sa propre voix.
Leur production reste confidentielle. Cette rareté, conjuguée à une régularité qualitative, explique le statut hors norme de ces trois flacons.
Pourquoi la trilogie Guigal est-elle si prestigieuse en Côte-Rôtie ?
La renommée de ces cuvées ne doit rien au hasard, elle incarne la rencontre entre un terroir d'exception et une exigence sans concession.
La Côte-Rôtie, dont le nom évoque déjà son exposition au soleil, aligne des terrasses si abruptes qu'elles ne se travaillent qu'à la main. Sur ces pentes vertigineuses, qui grimpent parfois jusqu'à soixante degrés, vendanger tient autant de l'alpinisme que de la viticulture !
Le prestige de la trilogie Guigal s'est forgé dans les années 1980, lorsque la critique internationale a découvert ces syrahs. Ces vins ont reçu des notes exceptionnelles de Robert Parker, qui a attribué la note parfaite de 100/100 à neuf millésimes de La Mouline, sept de La Landonne et cinq de La Turque. En 2009, les trois cuvées ont décroché simultanément la note maximale, une véritable consécration !
Cette renommée repose donc sur un triptyque : un terroir extrême, une main-d'œuvre remarquable et une reconnaissance critique jamais démentie.
La Reynarde, les secrets de la nouvelle cuvée
Le trio devient quatuor : la Maison a dévoilé une quatrième cuvée parcellaire appelée à rejoindre la trilogie Guigal. Baptisée La Reynarde, elle rend hommage à un lieu-dit emblématique de l'appellation.
Une parcelle née du ruisseau qui sépare les deux côtes
Cette cuvée raconte une histoire de frontière. La Reynarde tire son nom du ruisseau du Reynard, ce mince cours d'eau qui trace la limite entre la Côte Blonde et la Côte Brune, les deux versants historiques de l'appellation.
La parcelle s'étend sur environ 1,5 hectare au lieu-dit Fongeant, à cent cinquante mètres d'altitude. La vigne a été plantée entre 2015 et 2018, au terme de cinq années de terrassements destinés à bâtir routes et murets sur ce coteau très escarpé.
Un cahier des charges identique à celui de ses aînées
La méthode d'élaboration répond aux mêmes exigences que celles de ses trois sœurs. La Reynarde est une cuvée 100% syrah, vinifiée en vendange entière et extraite par pigeage, issue d'un sol de micaschistes altérés riche en argiles à oxydes de fer. La macération s'étire sur près de quatre semaines, avant un élevage de quarante mois en fûts de chêne neuf.
Un essai sur le millésime 2020, réalisé sur la moitié de la parcelle, a permis une dégustation en avant-première : nez intense de fruits noirs, notes de bois brûlé, moka et cacao, bouche riche et charnue aux tanins serrés mais rafraîchissante. Ce 2020 ne sera toutefois jamais commercialisé : le premier vrai millésime sera le 2022.
Où se situe La Reynarde par rapport à ses trois sœurs ?
Par son style, la nouvelle cuvée s'inscrit dans la lignée des vins puissants. Philippe Guigal la décrit comme proche de La Landonne par sa structure et sa capacité de garde, tout en offrant une approche plus ouverte et plus accessible. Le vin se situerait, en somme, quelque part entre La Turque et La Landonne : la profondeur des grands vins de garde, tempérée par une fraîcheur subtile.
Cette position d'équilibre reflète la nature même du lieu, à cheval sur l'esprit des deux côtes. Là où La Mouline cultive la finesse florale, La Reynarde revendique la matière et la structure. Sa commercialisation a débuté à partir de février 2026.

Quelles sont les différences de style entre La Mouline, La Turque et La Landonne ?
Déguster ces cuvées, c'est saisir l'idée que le terroir façonne un tempérament. Bien qu'issues d'une même appellation et d'un même savoir-faire, ces cuvées racontent chacune une facette différente de la Côte-Rôtie.
▪️La Mouline est la plus délicate, souvent qualifiée de « bourguignonne » pour son élégance. Ses arômes floraux, sa texture soyeuse et ses tanins fondus en font un vin que l'on peut apprécier jeune, sans jamais rien lui retirer de sa longévité. Une finesse portée par une proportion notable de viognier qui sublime la syrah.
▪️La Turque joue la carte de la richesse épicée. Elle marie la puissance de la Côte Brune à un raffinement certain : notes d'épices, fruits noirs, tanins enrobés et une trame veloutée d'une grande longueur. Vin de milieu de gamme stylistique, elle réunit la vigueur et la grâce en une seule gorgée.
▪️La Landonne, enfin, se révèle tout en puissance : syrah issue de raisins vendangés en grappes entières, elle offre une robe presque noire, des tanins massifs et une signature de « terre brûlée », de graphite et de cuir. C'est le vin le plus tannique et le plus imposant de la trilogie Guigal, celui qui exige le plus de patience…
Quelles parcelles et quels terroirs distinguent ce trio ?
Tout commence sous les pieds des vignes. La Côte-Rôtie se partage entre deux versants aux personnalités opposées, dont la géologie explique l'essentiel des différences de style. La Côte Blonde, en aval du ruisseau du Reynard, offre des sols plus légers et sableux qui donnent des vins parfumés et élégants. La Côte Brune, en amont, présente des terres sombres riches en oxyde de fer, matrice de vins puissants et de très longue garde.
▪️La Mouline s'épanouit sur la Côte Blonde, où syrah et viognier cohabitent depuis près de quatre-vingts ans. Cet âge vénérable des vignes, parmi les plus anciennes de la Maison, concentre la sève et affine la texture, expliquant la rondeur veloutée de la cuvée.
▪️La Turque occupe un coteau de la Côte Brune, entièrement replanté par Marcel Guigal, avec des vignes plus jeunes que celles de La Mouline. Sa situation, exposée à un ensoleillement permanent, permet une maturité idéale et des vendanges tardives, sources de sa richesse aromatique.
▪️La parcelle de La Landonne déploie ses terrasses sur l'un des versants les plus abrupts de la Côte Brune, avec une pente pouvant atteindre soixante-cinq degrés. Le sol, argilo-calcaire et particulièrement riche en oxyde de fer, imprime au vin sa couleur profonde, quasiment noire, et sa charpente minérale.
Ces conditions extrêmes façonnent une syrah d'une densité peu commune, à la fois puissante et remarquablement équilibrée par une belle fraîcheur.

Quels cépages et quelles méthodes d'élevage caractérisent la trilogie ?
Un même geste, décliné selon la nature de chaque parcelle : voilà le fil conducteur de ces vinifications. La syrah règne en maître sur les trois cuvées, mais leurs assemblages divergent au gré de la présence du viognier, ce cépage blanc autorisé en petite quantité dans l'appellation. Prenons l'exemple de La Mouline, qui se distingue par la proportion de viognier la plus élevée, avoisinant les 11 %, participant à sa signature florale et sa texture soyeuse.
L'élevage constitue l'autre marqueur distinctif de la trilogie Guigal. Les trois cuvées reposent environ quarante mois (près de trois ans et demi) en fûts de chêne neuf, une durée exceptionnellement longue. La Maison pousse l'exigence jusqu'à produire ses propres barriques dans sa tonnellerie intégrée, garantissant une maîtrise totale du bois.
Ce long élevage forge la profondeur et la structure des vins, leur offrant une belle capacité de garde, sans que le boisé n'efface jamais le fruit.
Quelle est l'histoire de cette trilogie ?
Derrière ces trois flacons se cache une saga familiale commencée il y a près de quatre-vingts ans. Tout débute en 1946, lorsque Étienne Guigal fonde sa maison à Ampuis, berceau antique de la Côte-Rôtie, après avoir longtemps œuvré au sein d'un établissement voisin. Son fils Marcel le rejoint en 1961 et prend très tôt les rênes, alors que le fondateur perd brutalement la vue.
La Mouline ouvre la voie dès le millésime 1966, imposant peu à peu sa réputation mondiale. La Landonne suit en 1978, révélant la puissance de la Côte Brune. La Turque, enfin, voit le jour en 1985 : Marcel replante entièrement un ancien vignoble laissé à l'abandon.
La reconnaissance internationale arrive dans la continuité du troisième-né, quand la critique américaine s'enthousiasme pour ces syrahs de coteau. La troisième génération entre en scène avec Philippe Guigal, œnologue de formation, qui signe son premier millésime à la fin des années 1990 avant d'être rejoint par son épouse Ève. L'acquisition du Château d'Ampuis en 1995, ancre définitivement la Maison dans le patrimoine de l'appellation. La trilogie Guigal est ainsi le fruit d'une transmission.

Quels millésimes de la trilogie Guigal sont les plus recherchés ?
Certaines années gravent leur nom dans la mémoire des amateurs. Parmi les millésimes les plus convoités de la trilogie Guigal figurent 1999, 2003, 2005 et 2009, tous couronnés de notes remarquables par la critique.
Le millésime 2009 occupe une place à part dans cette hiérarchie. Cette année-là, les trois cuvées ont décroché simultanément la note maximale, exploit qui a nourri une forte demande sur le marché secondaire.
Quel est le potentiel de garde de ces cuvées ?
Le potentiel de garde de la trilogie Guigal compte parmi les plus impressionnants de la vallée du Rhône.
▪️La Mouline offre la fenêtre de dégustation la plus souple : sa finesse permet de l'apprécier jeune, dès ses premières années, tout en conservant une belle aptitude au vieillissement.
▪️La Turque se montre elle aussi souvent accessible dans sa jeunesse, mais gagne à patienter pour développer son caractère velouté au fil du temps.
▪️La Landonne réclame quant à elle la plus grande patience pour se révéler pleinement.
De manière générale, les grands millésimes de ces cuvées atteignent leur plénitude entre dix et quinze ans d'âge, moment où les tanins se fondent et où la palette aromatique se déploie pleinement. Avant cet apogée, une longue aération en carafe permet d’en révéler un peu plus la complexité.

La Mouline, aux sources de l'activité vigneronne
Est-ce que l'on parle de la maison Guigal ou du domaine Guigal ? À l'origine, la structure fondée en 1946 est avant tout une maison de négoce et d'élevage : elle achète des raisins et des vins auprès de producteurs voisins pour les élever et les commercialiser, activité distincte de celle d'un domaine qui exploite uniquement ses propres vignes.
Au fil des décennies, la Maison a pourtant acquis un vignoble considérable, à commencer par la parcelle de La Mouline en 1966. Elle réunit ainsi une double casquette : celle du négociant-éleveur, qui a fait sa renommée initiale, et celle du propriétaire-vigneron, qui produit ses grands crus à partir de ses propres terres.
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