René Gabriel
85 %, 15 % Merlot. 19'000 bouteilles. Pourpre-grenat soutenu, cœur dense, reflets lilas en bordure. Bouquet intense de cassis et de myrtilles, une touche de grenadine en perception de douceur et énormément de cerises rouges, un délicat vanillé en arrière-plan, beaucoup d’affinités avec un Richebourg puissant, des notes de zeste de citron indiquent la fraîcheur. Attaque intense en bouche, là aussi beaucoup de petits fruits rouges bien mûrs, des tanins bien portants qui se transforment en une astringence massive. Sans aucun doute un très grand Pomerol, mais encore assez difficile à situer à ce stade. (19/20). 20 : Pourpre très sombre et soutenu avec de minimes tons d’évolution sur le bord. Bouquet puissant, capiteux, avec des notes marquées de raisins très mûrs à surmûris, raisins secs, pruneaux et liqueur de cerise. La deuxième impression devient alcooleuse et montre des arômes qui conviennent plutôt à un Nero d’Avola, un Amarone et en même temps à un vin de Porto. À présent, le verre exhale des senteurs de sauce Worcestershire et de shiitakés. Et d’une certaine façon, je suis saisi par le sentiment insidieux d’une oxydation sous-jacente. Les tanins paraissent exsangues. Est-il dans une phase difficile ? Parviendra-t-il à se débarrasser de tous ces stigmates de chaleur ? En tout cas, ce vin, actuellement difficile à évaluer, requiert un dégustateur aguerri. Après dix ans, il n’a (encore ?) pas réussi à s’orienter vers l’harmonie et se présente comme un monstre déraisonnable. Le potentiel semble immense. Pour l’instant, je suis très critique à son égard. Note du lendemain : 17/20. L’après-midi, il s’était quelque peu ressaisi et structuré. L’harmonie n’était certes toujours pas au rendez-vous. On avait toutefois un meilleur pressentiment pour l’avenir. Combien de blessures le temps guérit-il ? (18/20).