René Gabriel
Le Cos 1986 fut l’une des plus grandes récoltes jamais réalisées sur ce Château. Près de 40 000 caisses (un demi‑million de bouteilles) étaient prêtes à la vente après la mise. Une récolte normale des millésimes récents compte environ 25 000 caisses ! Malgré le volume de production, un grand millésime pour le Château, même s’il ne dégage pas particulièrement beaucoup de charme. Dégusté une bonne vingtaine de fois ; notes constantes, avec une phase réductive impressionnante entre 1989 et 1997. 98 : On nous l’a servi à l’aveugle lors d’une magnifique soirée chez les Pulver à Hondrich. Pour moi, c’était clair : Bordeaux ! Mes voisins de table cherchaient la vérité orale plutôt en Toscane. Puis j’ai douté. Un très bon Vino da Tavola à la Fontalloro pourrait en effet coller. Faux ! C’était le 86 de Cos : un St. Estèphe marqué, encore très chargé en tanins. Et quand je relis mes anciennes notes, je lui ai toujours attribué (comme au 85 de Cos) des allures toscanes de Vino da Tavola. Donc, au fond, tout le monde avait raison. Deux heures de carafage. 03 : Lors de la soirée Cos à l’Hôtel Astoria, Lucerne, il s’est présenté magnifiquement et a encore gagné en verre, ce qui signifie : carafage recommandé ! 18/20. 2006 : Expérience avec un grand point d’interrogation. Puissant en bas, oxydé en haut, avec des notes de Maggi et de poudre de cèpes. Y a‑t‑il de meilleures bouteilles ? Sans doute. Celle‑ci : 15/20 (passée). Une bouteille un peu meilleure de ma cave lors de la Wine Börse Gala : pourpre soutenu, encore rubis, mais déjà un bord évolué. Bouquet de champignons, sauce soja, notes de Maggi, cendres froides. Bouche mûre mais d’expression fraîche, extrait tannique, notes sableuses, sensation râpeuse, plutôt un vin de table puissant. Il semblait plaire davantage plus jeune, avec un peu plus de fruit. Bien qu’il reste des tanins, il vaudrait peut‑être mieux le boire maintenant. 08 : Un magnum en Hollande n’a plus vraiment tenu. Les tanins deviennent lentement cassants et le vin perd en arômes au profit de notes humiques. 08 : Une bouteille 75 cl de ma cave, carafée deux heures. Si toutes les bouteilles étaient comme celle‑ci, on reviendrait à 18/20. Mais c’est devenu rare. 09 : Les tanins restent présents mais le vin continue d’évoluer et perd de la chair. (17/20). 15 : Demi‑bouteille. Des trois 1986 dégustés, c’était la couleur la plus claire, et donc la plus évoluée. Nez immédiatement ouvert, voire un soupçon d’oxydation sous forme de poudre de champignons sombres et de livèche. En bouche, assez fin pour un 1986, ce qui signifie qu’il manquait de concentration ou de tanins suffisants pour se stabiliser au fil des ans. Le même effet touche d’ailleurs déjà les bouteilles 75 cl. P.S. Ce fut la plus grande récolte de Cos ! 16/20 pour cette demi‑bouteille. 16 : Couleur moyenne, beaucoup de reflets sombres. Poudre de pierre au premier nez, puis fin voile oxydatif, notes boisées exotiques ; non seulement l’aromatique primaire a disparu, mais un certain voile d’oxydation se dessine aussi. En bouche, il montre encore des restes de tanins, mais la texture est cassante et s’effiloche lentement mais sûrement. Cette bouteille : 15/20. 19 : Une très bonne bouteille de la cave de Paolo Cattaneo, avec un certain facteur renaissance. Au début 17/20. Après une plus longue aération : 16/20. 19 : La couleur montre un rouge évolutif. À cœur, il paraît encore assez soutenu. Le nez affiche une maturité nette, voire déjà des nuances d’oxydation. Deuxième nez : cèdre, tabac clair, raisins de Malaga et thé froid. Une douceur conciliatrice traverse le fond. En bouche, l’acidité le porte et, avec ses muscles tendineux, il paraît un peu ascétique. Le très haut rendement (ce fut l’une des plus grandes récoltes de l’histoire de Cos) présente son tribut à l’âge. Je ne l’ouvrirais plus qu’avec des plats en sauce. C’était toutefois une très bonne bouteille. Je l’ai déjà eu bien plus fatiguée dans le verre. (17/20).